Christian Gonzenbach

La Chute de Rome

montage de l“exposition au Château de Gruyères

 

LA CHUTE DE ROME

CHÂTEAU DE GRUYÈRES  

01.07-30.10.2016

 

En entrant dans la cour du Château, nous voici confronté aux restes brûlés de ce qui ressemble à un engin de siège moyenâgeux. En y regardant de plus près, cela aurait aussi pu être une machine de chantier ou un manège de parc d’attraction. Voilà, les trois thèmes sont posés : la destruction, la construction et le divertissement. On peut difficilement imaginer construction sans destruction préalable, ces deux actions antagonistes sont finalement complémentaires et indissociables.

Et le divertissement alors ? C’est peut-être le moteur de tout cela, la motivation humaine qui nous pousse, au delà d’une forme d’amélioration ou d’évolution, le changement comme passion, comme divertissement.

Chaque nouvelle civilisation n’a pu se développer que sur les ruines de la précédente, notre histoire est ce long récit de destruction et reconstruction. Sommes-nous plus heureux que les Mayas ne l’étaient ? Nul ne le sait, et il est trop tard pour le vérifier. Mais quelque part dans notre nature humaine, dans nos gènes ou dans nos cultures, il y a un besoin impétueux de renouveau, un besoin qui nous conduit à déconstruire ce que nos ancêtres avaient construit, afin de remodeler le monde à notre vision. Rien ne semble pouvoir arrêter ce cycle.

 

Revenons au Château, après cette ruine monumentale dans la cour, nous entrons ensuite dans la salle archéologique. Là sont présentés les vestiges civiles d’un passé révolu, poteries modelées, ossements décorés, statuettes en argile, marbres sculptés, témoins du haut niveau culturel de nos ancêtres.

La deuxième salle qui nous attend sur notre visite est l’arsenal. Des armes en tout genre, de toute taille, racontent l’incroyable ingéniosité humaine en terme d’inventivité meurtrière. Un simple outil, une fourche ou un fléau, peut soudain se transformer en terrible ustensile de destruction. Là aussi cette ambiguïté sur l’usage ou le mésusage d’un même objet, à des fins habilement constructives ou efficacement destructives.

Dans le Château proprement dit, dans les appartements des derniers habitants où se trouvent exposées les collections du patrimoine gruyérien, nous serons surpris par tel ou tel objet de provenance inconnue comme une main de momie. Parmi ces objets traditionnels ou incongrus, où certains dénotent et d’autres se fondent, notre attention est constamment sollicitée, essayant de reconstitué un passé proche ou lointain, ou imaginant un monde avec d’autres règles, d’autres coutumes, comme ces objets en témoignent.

En visitant ce château, bâtiment de guerre par essence mais n’ayant jamais servi qu’à des usages civils, et cette collection d’artefacts historiques ou fictifs, nous nous retrouvons face à l’image de notre propre histoire (une autre construction), à l’ambivalence de notre nature humaine, si ingénieuse à bâtir et si prompte à détruire. Et finalement, tout cela aussi est un grand divertissement, un regard amusé posée sur le zoo de nos aspirations passées et présentes.